Ce que tous les bilans oublient
Faire un bilan commence presque toujours de la même façon.
Madame Ananas
Nous ressortons la liste des objectifs que nous nous étions fixés en début d’année. Et, presque instinctivement, notre regard va se poser sur tout ce que nous n’avons pas encore fait.
Le problème, c’est que cette liste a été écrite dans un monde qui n’existait pas encore. Elle ne connaissait ni les épreuves qui nous attendaient, ni les détours que la vie nous imposerait.
Elle ne disait rien de ces journées où tout est arrivé en même temps. Rien de ces nuits où nous nous sommes couchés sans savoir comment nous allions tenir le lendemain. Rien de ces moments où il a fallu renoncer à ce qui était prévu, simplement pour préserver ce qui comptait davantage.
Et pourtant, c’est avec cette liste que nous choisissons d’évaluer notre parcours.
Alors nous voyons tout ce que nous n’avons pas fait. Mais nous ne voyons presque jamais tout ce que nous avons fait sans avoir jamais prévu d’avoir à le faire.
C’est là que nos bilans deviennent biaisés. Ils savent reconnaître les objectifs atteints. Ils oublient les épreuves traversées. Ils savent compter ce qui était prévu. Ils oublient de compter ce qui nous a transformés.
Alors, avant de refermer ce bilan, je vais ajouter une deuxième colonne au mien. Pas celle de ce qu’il me reste à accomplir. Celle de tout ce que je n’avais jamais imaginé devoir traverser. Celle de tout ce que ces épreuves ont exigé de moi.
Parce que c’est peut-être là que se trouvent les accomplissements les plus importants. Ceux qui ne se cochent sur aucune liste. Mais sans lesquels aucune des autres cases n’aurait eu la moindre importance.
Faites la vôtre
Prenez une feuille, tracez un trait au milieu. À gauche, ce que vous aviez prévu. À droite, ce que vous avez traversé sans l’avoir choisi, et ce qu’il a fallu trouver en vous pour y faire face.
Regardez les deux colonnes ensemble. C’est la seule façon honnête de mesurer une période, quelle qu’elle soit.