Les fruits exotiques n’existent pas
Une fraise est exotique dans les Caraïbes.
Madame Ananas
Une cerise est exotique dans une grande partie de l’Afrique. Pourtant, l’expression « fruits exotiques » évoque encore, pour beaucoup, la mangue, l’ananas et la papaye.
Ce réflexe ne s’est pas construit par hasard. Le mot exotique est l’héritage d’une époque où les langues européennes, la colonisation et les rapports de pouvoir ont largement façonné la manière de nommer le monde. En se diffusant, ce regard est devenu si familier qu’il a fini par nous sembler naturel.
Pourtant, il ne s’agit que d’une perspective parmi d’autres. C’est souvent ainsi que les influences les plus profondes s’installent : elles deviennent si discrètes que nous cessons de les percevoir comme des influences. Elles finissent par prendre la place de l’évidence.
Le mot juste existe, et il ne juge personne : tropical. Il dit d’où vient le fruit, pas ce qu’il vaut ni pour qui il est étrange.
Ce que ce mot nous fait faire
Un fruit qualifié d’exotique devient rare, cher, un peu précieux. Celui qui pousse à côté de nous devient ordinaire. Alors on paie plus cher pour un fruit cueilli vert et transporté sur des milliers de kilomètres, pendant qu’un fruit mûri sur pied nous attend au marché. Le premier a perdu en route une partie de ses vitamines, le second les a toutes. L’exotisme se paie deux fois : au prix, et dans l’assiette.
Questionner ces évidences n’est pas un simple exercice intellectuel. C’est choisir de ne pas les tenir pour acquises. C’est se donner la possibilité de développer un regard plus fidèle à notre histoire, à notre culture et à notre réalité.
Et la prochaine fois que vous direz d’un fruit qu’il est exotique, demandez-vous pour qui.