Le corps parle avant que la tête comprenne
L’ananas est mon fruit préféré.
Madame Ananas
Naturellement, c’était souvent celui que je prenais en dessert. Sans intention particulière. Sans logique nutritionnelle.
Avec le temps, j’ai simplement observé une chose : ma digestion était plus facile. Moins de ballonnements. Une sensation plus légère après les repas.
À ce moment-là, je ne cherchais pas à expliquer. J’observais. Je faisais le lien entre ce que je mangeais et ce que mon corps exprimait.
Ce n’est que plus tard, en me formant à la nutrition, que j’ai compris pourquoi. L’ananas contient de la bromélaïne, une enzyme qui découpe les protéines et qui participe au confort digestif.
Mais l’essentiel n’était pas là. L’essentiel, c’était l’ordre des choses.
Le corps avait parlé avant que la tête comprenne.
C’est une manière de faire qui vaut bien au-delà de l’ananas. On nous apprend l’inverse : lire une information, l’appliquer, et attendre de sentir ce qu’on nous a promis. On cherche alors ce qu’on nous a annoncé, et on passe à côté de ce qui se passe vraiment. Observer d’abord, comprendre ensuite, c’est se donner une chance de découvrir ce que personne n’avait prévu pour nous.
Et cette observation n’a rien de compliqué. Elle demande seulement de mettre les deux bouts ensemble : ce qui entre dans l’assiette, et ce que le corps en fait.
Essayez, une semaine
Ne changez rien à vos habitudes. Notez ce que vous avez mangé et ce que vous avez bu, à chaque repas.
Puis, une heure après, notez ce que vous ressentez. Et soyez précise, parce que c’est là que tout se joue. Est-ce que vous êtes lourde, ou légère ? Somnolente au point de lutter, ou disponible ? Est-ce que vous avez des ballonnements, le ventre qui gonfle, qui gargouille ? Des brûlures d’estomac, des remontées acides ? Un mal de tête qui arrive en fin d’après-midi ? Une envie de sucré qui vous tombe dessus deux heures plus tard ? Et le lendemain, comment ça se passe aux toilettes ?
Ce sont des choses que la plupart d’entre nous vivent sans jamais les nommer. Tant qu’elles n’ont pas de nom, elles ne se relient à rien.
Le geste marche aussi dans l’autre sens, et c’est même souvent comme ça qu’on commence. Vous avez mal au ventre, vous êtes ballonnée, vous n’arrivez pas à dormir : remontez au repas d’avant. Qu’est-ce que vous avez mangé ? À quelle heure ? Combien ? Ce n’est pas de la culpabilité, c’est de l’enquête.
Deux lignes par repas, pas davantage. Au bout d’une semaine, relisez. C’est en mettant l’assiette et la sensation côte à côte que les associations apparaissent, et il y a souvent des surprises : l’aliment que vous croyiez irréprochable, et celui que vous vous reprochiez sans raison.
Ensuite seulement, cherchez les explications. Elles auront un sens, parce qu’elles répondront à quelque chose que vous aurez constaté vous-même.
Votre corps ne ment jamais.